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Mas Saint Joseph: “l’aventure” porte un nom: Philippe Beraud

Mardi 26 mai 2009

Le Domaine du Mas Saint Joseph fait partie du vignoble des Costières de Nîmes, dernier terroir de la Vallée du Rhône, le plus au sud puisqu’il jouxte la petite Camargue.

Mas Saint Joseph Situé sur le plateau de Meynes à 12 Km au sud du Pont du Gard, et à 70 m au-dessus du niveau de la mer, le Mas est entouré de 18 ha de vignes d’un seul tenant, depuis 1971. Le terroir est constitué de gros « Gress » ou galets du Rhône et de la Durance. L’altitude favorise un ensoleillement maximum, et avec le Mistral, un assèchement optimum des raisins lors de fortes pluies. Le sol composé de terres jaune et brune et de gros galets roulés affleurants  permettant un drainage idéal, l’état sanitaire semble parfait, si parfait  que l’on pourrait suggérer que la Nature autorégule le cycle végétatif de la vigne, tant les traitements et leurs fréquences sont quasi inexistants !  Ainsi Philippe Béraud, le maitre d’œuvre du Domaine, peut-il vinifier Grenache, Carignan, et Syrah dans leur plus simple appareil: la cuve béton !*

 

Au Mas Saint Joseph, le raisin est mis en bouteille pour ce qu’il est, et non pour ceMas Saint Joseph 2 qu’il pourrait être. Le choix de ne pas utiliser de fûts ou de barriques est tout à fait légitime si l’on considère que des raisins à maturité issus de vignes de plus de trente ans et dotés d’un état sanitaire irréprochable sont aptes à donner le meilleur d’eux-mêmes et de leur socle privilégié : leur terroir. C’est pourquoi les cuvées, rouges notamment, du domaine reflètent parfaitement la signature  de leur auteur.

 

En retrouvant Philippe à Paris, en novembre dernier, je me suis dit qu’un retour vers le passé récent (2001) m’apparaitrait plus pertinent que jamais afin de redécouvrir la cuvée qui m’avait révélé le domaine il y a sept ans : « Aventure ».

 

Christophe et Philippe en pleine discussion lors du salon des vignerons indépendants C’était à Paris, au cours d’une dégustation de vins de Costières de Nîmes… après une multitude de vins  rencontrés, je m’avançai vers Philippe qui, entre sa barbe, me narrait l’histoire du domaine et défendait son « éthiquette » personnel de vigneron. Tout en l’écoutant je me gargarisais des cuvées rosé et blanc, puis de la croquante cuvée « les Cyprès ». Enfin, alors que son discours concordait avec ce que je buvais, je tentais « L’Aventure 2001» ! Rapidement celle-ci commençait à me titiller les papilles. Cette Syrah ! Elle avait tout d’une sudiste en villégiature, mais après son passage elle vous alanguissait d’une fraîcheur tout à fait inédite ! Je lui promettais un bel avenir !

 

Le temps passa, suffisamment pour m’interroger sur le potentiel de garde de cette cuvée, en sachant que 2001 avait été un superbe millésime, mais connaissant aussi la garde «relative » d’un Costières de Nîmes classique ! (5 à7 ans). Enfin, tout arrive à qui sait attendre selon l’adage, et me voici aujourd’hui, assez fier d’avoir dégusté/vécu en un après-midi, quatre « Aventure » sans avoir eu la sensation d’avoir été trompé sur la marchandise, car de 2006 à 2001 en passant par 2004 et l’atypique 2003, « l’Aventure » s’est révélée dans toute sa fraîcheur. De plus, elle a distillé sobrement et rigoureusement les caractéristiques de chaque millésime, afin de nous en donner plus qu’un aperçu ; un souvenir palpable !

Philippe Beraud et Joelle Gaveaux

 

Je ne saurais que trop conseiller à chacun d’en conserver quelques bouteilles dans sa cave, ou chez un ami, pour éviter de les boire trop tôt ! Et de tenter « Les Cyprès » afin de vous donner une juste idée de la qualité du terroir comme du maître d’œuvre !

 

 

Un grand merci à Philippe pour sa générosité et sa disponibilité.

 

 

Christophe Guitard

 

 

*vinifications en rouge: foulage et égrappage, levures indigènes, contrôle des températures, macération et élevage en cuves béton, filtration légère sur plaques

 

 

PS: retrouvez demain le compte-rendu de la dégustation verticale de la cuvée “l’Aventure”, par Christophe.

Mais au fait, qu’entend-on par “vieilles vignes”…?

Mardi 21 avril 2009

Il est très courant de rencontrer parmi la gamme d’un vigneron, une cuvée « vieilles vignes », issue d’une parcelle où sont cultivées lesdites vignes. Mais qu’est qu’une “vieille vigne”, qu’entend-on précisément par ce terme, et pourquoi cette caractéristique est-elle mise en avant ?

 

 

Il faut tout d’abord savoir que la mention « vieilles vignes » n’est en aucun cas un label ou une appellation. Il n’existe en France aucune définition légale de ce qu’est une « vieille vigne ».  Le sens de cette expression est donc tout relatif puisque dans certains domaines, elle désignera des vignes de 90 ans, tandis que dans d’autres, ces vénérables pieds n’auront pas plus de 20 ans. Dans le bordelais, présenter des vignes âgées de 20 ans comme vieilles fera sourire, tandis que dans une région viticole encore jeune, cet âge paraîtra conséquent.

Ce « label » officieux ne désigne donc pas objectivement un âge défini, et par « vieilles vignes », il faut en général comprendre « les plus vieilles vignes du domaine ».

 

Ceci sous entend deux idées.

Tout d’abord, que cette mention prise en elle-même ne vous apprendra rien. Pour savoir ce qui se cache derrière ce terme lorsqu’il apparaît sur une étiquette, il faut au préalable connaître le domaine, son histoire, sa façon de travailler.

Ensuite, que l’appréciation d’un vin issu d’une parcelle de vieilles vignes se fait en général en le comparant aux autres vins du domaine, issus de parcelles « classiques ». En effet, on s’accorde à penser que des vignes plus âgées donneront de meilleurs vins, plus concentrés et plus intenses, car avec l’âge, le rendement de celles-ci va en diminuant. Toutefois, on n’identifie pas de caractéristiques précises communes à tous les plants de vieilles vignes, et c’est donc essentiellement par référence aux vins d’autres parcelles que leur singularité pourra être appréciée.   

 

Quoiqu’il en soit, en ce qui concerne la France, (et en gardant à l’esprit la relativité évoquée précédemment) on considère en général qu’une vigne est adulte à l’âge de 20 ans, et qu’elle peut être qualifiée de « vieille » à partir de 40 ans. Rares sont celles dépassant les 90 ans, ne serait-ce que parce que la crise du phylloxera, apparu en France en 1863, a duré jusqu’au début du XXème siècle. Il existe cependant encore des vignes « pré-phylloxériques » ayant miraculeusement résisté aux attaques du parasite. Henry Marionnet, propriétaire du domaine de la Charmoise, (dont Christophe Guitard parle plus en détails sur le blog d’Ochato) produit ainsi sa cuvée « Provignage» à partir de vignes datant de 1850 !

“Début 1998, un vigneron habitant près de chez moi est venu me proposer ses quatre hectares de vignes” raconte Henry Marionnet. “Parmi celles-ci, à ma grande surprise, se trouvait une parcelle très ancienne de 0,36 ha qui, d’après la tradition orale, avait été plantée en 1850. Des experts ont confirmé le grand âge de cette vigne, qui n’a donc pas été greffée puisque le phylloxéra n’est apparu en France qu’à partir de 1870. Je pense posséder aujourd’hui la plus vieille vigne de France.”

 

Au final, ce qui fascine le plus avec ces vieilles vignes, c’est peut-être le fait qu’elles représentent la mémoire d’un terroir, comme le laisse entendre Henry Marionnet à qui nous laisserons le mot de la fin: “(Le vin produit à partir de ces vignes) représente une page de notre histoire et fait partie du patrimoine de notre pays.”